La Pâquerette et le Bouton d'Or

Une petite pâquerette s’épanouit un beau matin de printemps dans un jardin. Elle était toute heureuse d’être au monde, de ressentir la fraîcheur de la rosée sur ses pétales, d’accueillir les hôtes de passage venus butiner ses pistils. Elle s’amusait de tout, du balancement de sa tige sous l’effet du vent, des vibrations des racines des autres espèces poussant à côté d’elle, des drôles de couleurs et de formes des insectes sur le sol et dans les airs… Et par dessus tout, elle se délectait de la lumière et de la chaleur des rayons du soleil. Tout la ravissait, mais un jour, en s’éveillant, elle découvrit un nouvel arrivant. Il avait la même taille qu’elle, mais rayonnait d’un jaune éclatant. Les autres pâquerettes lui révélèrent qu’il s’agissait là d’un bouton d’or. Rien que l’évocation de son nom lui semblait majestueuse. Chaque jour, elle l’observait minutieusement, pleine d’admiration.

Plus elle le regardait, plus il lui apparut évident qu’elle voyait davantage de papillons et d’abeilles lui rendre visite, qu’elle voyait davantage l’éclat des rayons du soleil se refléter sur ses pétales jaunes étincelants que sur les siens d’un blanc qu’elle trouvait maintenant commun.

Elle se mit soudain à penser qu’il lui manquait quelque chose. Cette pensée tournait en boucle en elle, au point de recouvrir petit à petit sa joie d’être au monde. Cette joie d’exister fit alors place à la frustration, au sentiment d’injustice de n’être qu’une pâquerette. Le désir fort, impétueux de changer s’infiltra en elle, et l’amena à croire qu’elle ne pourrait être épanouie que lorsqu’elle aurait réussi à ressembler au bouton d’or et à irradier le même rayonnement chatoyant.

Mais comment faire pour changer ? s’interrogea la pâquerette.

Elle se sentait bien démunie pour répondre à cette question. Elle ne pouvait pas se tourner vers ses frères et sœurs pâquerettes à qui elle ne voulait plus du tout ressembler. Il lui fallait trouver un être exceptionnel qui aurait plus de hauteur qu’elle pour aborder ce problème, qui serait reconnu par les autres, qui refléterait par sa forme, sa couleur, sa texture, son parfum cet idéal d’harmonie qu’elle voulait tant atteindre.

Par chance, un rosier fut planté à quelques tiges d’elle. Il était splendide : sa fragrance embaumait l’air ambiant attirant les plus beaux papillons, ses nuances subtiles de dégradés de rose lui donnaient un éclat unique, et sa taille gigantesque imposait le respect. Bien qu’il lui fasse, par moment, de l’ombre, la petite pâquerette se réjouit d’un tel voisinage. Elle lui fit part de son mal-être et lui demanda conseils.

Habitué à ce qu’on vienne le consulter, le rosier lui donna, chaque jour, un conseil pour se rapprocher de la perfection qu’il incarnait lui-même. La pâquerette était tellement heureuse d’être ainsi guidée. Bientôt, pensait-elle, elle pourrait être aussi rayonnante qu’un bouton d’or.

Le rosier lui conseillait d’être toujours positive, car, disait-il, la beauté vient de l’intérieur et se reflète à l’extérieur. Il lui proposait de puiser tels minéraux dans la terre et de délaisser tels autres afin de fortifier sa vitalité et de pouvoir changer sa couleur…

Le temps passait, et la pâquerette, malgré toute sa bonne volonté pour se conformer aux suggestions du rosier, ne parvenait pas à voir le changement attendu arriver. Le rosier lui parla alors de la patience et de ses vertus à cultiver face au long chemin vers la transformation, ceci afin de l’encourager à poursuivre ses efforts. Elle fit ce qui lui dit et n’écouta pas cette lassitude qu’elle ressentait au fond d’elle-même. Elle ferma également la porte à ce voile de tristesse qui la traversait par moment, et elle refoula sa colère envers elle-même de ne pas avoir encore atteint son objectif. Elle s’efforçait de rester positive jour après jour.

Un beau matin, venue prendre son conseil journalier, quelle ne fut pas sa surprise de voir le rosier effondré sur lui-même. Ses fleurs avaient pratiquement toutes été coupées. Le voyant tout dénudé et dans un tel dénuement, la pâquerette s’enquit de son état. Ce n’était alors plus les belles paroles auxquelles l’avait habituée le rosier qu’elle entendit à ce moment-là, mais une complainte lancinante. Le rosier lui disait combien la vie était dangereuse, cruelle, et qu’il fallait chercher à résister, à faire face à cette adversité. Lui-même avait déployé de nombreuses épines pour décourager l’ennemi et conserver ses atouts. Il semblait inconsolable et ressassait inlassablement le même discours. Il n’écoutait pas la petite pâquerette qui essayait de lui remonter le moral. Il était plongé dans les regrets de sa splendeur passée et se languissait d’une nouvelle floraison qu’il jugeait trop lente à son goût.

Décontenancée par la réaction du rosier, la pâquerette se posa bien des questions : comment se faisait-il qu’il ne reste pas positif malgré tout, comme il le prodiguait lui-même ? Pourquoi semblait-il si pressé de refleurir alors qu’il prônait les vertus de la patience ?…

La confusion s’installa dans l’esprit de la pâquerette. Elle se sentit d’un coup complètement perdue. La tige affaissée vers le sol, une vague d’émotions, jusque-là refoulée, l’immergea alors instantanément.

Plus elle se délestait de ces émotions chargées de sombres pensées plus elle s’en voulait, persuadée qu’ainsi elle n’atteindrait jamais le rayonnement tant convoité. Soudain, du bout de ses racines, elle ressentit une douce chaleur monter lentement le long de sa tige et se diffuser jusqu’au cœur de ses pétales. Elle regarda en l’air et vit les branches du grand hêtre au pied duquel elle fleurissait.

Elle s’adressa à lui :

- Grand hêtre, est-ce toi qui vient de m’envoyer cette onde enveloppante et réconfortante ?

- Je n’ai fait que t’adresser une prière afin que tu retrouves le chemin de ta propre lumière.

- Ma propre lumière, dis-tu ? Mais je ne suis qu’une insignifiante et banale pâquerette dont la vie est éphémère. Je n’ai aucun rayonnement. Je ne suis pas un bouton d’or. Tu ne peux pas comprendre, toi qui atteint le ciel avec tes majestueuses ramures et vit centenaire.

- Permets-moi alors de te raconter mon histoire pour qu’en toi tu retrouves l’espoir. Je n’étais qu’un arbrisseau dans un bois touffu quand mes frères et sœurs ont tous été abattus. Je n’étais plus que le seul descendant de ma lignée dans un champ aux sillons bien alignés. Mais je savais au fond de moi que même privé des miens et de ce bois tant aimé, que même planté sur un sol qui s’appauvrissait d’année en année, j’avais en moi, déjà présentes, toutes les potentialités dont je pouvais rêver. Je savais, par l’intermédiaire de mes racines, que j’étais relié à tous les arbres du monde entier, et que je détenais en moi la sagesse du chêne, la beauté de l’érable, la générosité de l’arbre fruitier. Il me suffisait juste d’être moi-même et de m’aimer pour me laisser traverser par le souffle de la vie et ainsi exprimer tous ces talents et toutes ces qualités.

Et petit à petit ma réalité a changé. Le champ est devenu un pré où mon sol a pu se régénérer. Je suis alors devenu le seul arbre où le troupeau pouvait s’abriter du soleil durant l’été. Aujourd’hui, tout est loti autour de moi et je suis dans un jardin avec d’autres arbres pour me tenir compagnie. J’accueille les oiseaux qui viennent s’installer sur mes branches, j’accueille le vent qui souffle à travers mon feuillage, j’accueille les clapotis de la pluie, et je me laisse être l’instrument de ce flux d’amour constant. J’accueille également les émotions lourdes que je peux ressentir parfois et je les laisse me traverser pour qu’elles se dissolvent d’elles-mêmes, sans juger la nature de ce qui me traverse ni culpabiliser. C’est là être en amour avec moi-même. Pour revenir à cet amour quand il m’arrive de perdre mon centre, il me suffit de me replonger dans la joie que j’avais, petit, d’être au monde. Je me rappelle les sensations d’émerveillement de tout ce qui était, de l’entrain et de l’amusement qui m’habitaient à ce moment-là.

Plus je m’aime, plus je vois ma beauté, plus j’ai confiance, plus je m’abandonne à ce souffle de vie et plus mes notes sont justes, plus ma mélodie est harmonieuse et vient rejoindre celle des autres, comme la tienne, pour former une symphonie.

L’expérience que lui relata le grand hêtre permit à la petite pâquerette de changer quelque chose en elle : son regard, celui qu’elle portait sur elle et sur son environnement. Elle regarda alors le bouton d’or avec beaucoup de tendresse, et sut qu’elle n’avait rien à atteindre, que rien ne lui manquait, qu’elle était une expression de vie unique et précieuse, qu’elle était déjà toutes les potentialités et qu’elle n’avait qu’à laisser l’amour qu’elle est être pour rayonner.

 

Épilogue :

Que ressentons-nous vis-à-vis de nous-même ? Sommes-nous heureux d’être qui nous sommes ?

Ou voudrions-nous changer, avoir d’autres talents ? Être plus ceci et moins cela ?

Sommes-nous en amour avec qui l’on est ?

Donnons-nous notre pouvoir à d’autres pour nous guider, pour nous améliorer ?

Pensons-nous vraiment ne pas être assez bien pour vouloir sans cesse nous changer ?

N’y a-t-il pas juste à s’aimer, à être en harmonie avec qui nous sommes, non pas demain quand nous aurons atteint tel objectif ou après demain quand nous aurons comblé tel manque supposé, mais maintenant tel que la vie a prévu que nous soyons ?

 

 

Dorothée Hennequin - France

Auteure et Blogueus

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